TANIA, 2008
Plantés dans la partie supérieure d’un visage pâle et longiligne, d’une surprenante mobilité, ses yeux azur dévorent le monde alentour. Ses lèvres doucement bombées, d’un rose troublant, s’activent en découvrant les dents immaculées d’une femme encore épargnée par l’âge.
Chose singulière, lorsqu’elle parle, ses narines palpitent jusqu’à modifier l’architecture de son nez. Sa frêle silhouette est coiffée d’une libre crinière rousse.
Tout son être irradie l’impatience. Comme si le monde lui refusait la place qui lui revient. Nulle amertume dans son regard, pourtant, ni trace d’aigreur. Le bouillonnement sourd et volcanique d’espoirs inassouvis la consume toute entière, jusqu’à raidir son corps gracile.
Sa spontanéité est stupéfiante. L’art de la dissimulation, si bien maîtrisé par les Parisiennes, lui est aussi étranger que leur raffinement vestimentaire.
Tandis qu’elle se livre sans réserve, sous la lumière tamisée du restaurant, une chorégraphie nerveuse anime ses grandes mains.
Je la regarde intensément.
Il me semble que, dès lors qu’elle aura su dompter le désordre qui l’agite, que l’existence aura poli la pierre brute de son tempérament, elle aura la vaillance d’une matrone endurante. De celles qui donnent, au risque de s’oublier un peu, ce qu’elles ont de meilleur à la génération suivante.
TANIA, 2008
Set in the higher region of a pale, elongated face, her blue eyes devour the surrounding world with a surprising mobility. Her carefully plumped lips, an eccentric pink, come to life and uncover the immaculate teeth of a woman still spared from aging.
A peculiar thing, when she talks, her nostrils palpitate just enough to alter the architecture of her nose. Her delicate silhouette is capped with a free flowing, reddish mane.
Her entire being exudes impatience. As if the world refused her the place it owed her. No resentment in her look, however, no trace of bitterness. The impetuousness, muted and volcanic, of unappeased hopes consumes her entirely, to the point of stiffening her slender body.
Her spontaneity is stupefying. The art of deceit, so well mastered by Parisian women, is just as foreign to her as their over-refined clothing.
While she reveals herself without reservation, under the soft restaurant light, a nervous choreography propels her large hands.
I look at her intensely.
It seems to me that as soon as she overcomes the disorder that troubles her, when life has polished the rough rock of her temperament, she will have courage of a patient matron. Women who give, at the risk of forgetting themselves a little, the best of what they have to the next generation.
